C'est la fin. C'est le début. Il est 6h00 ou surement plus je ne sais plus. Le réveil sonne je l'éteins. Tout le monde dort. je vais prendre ma douche discrètement. Les couloirs sont déserts pour la première fois. Il fait encore nuit noire. Je prends ma douche sans me mouiller les cheveux histoire de ne pas tout tremper. Ma valise est prête, Didier est levé. Il m'appelle le taxi, je fini très rapidement de boucler ma valise, je dis au revoir vite fais dans le noir et ça y est il faut descendre il est là. "A la station!" avec un accent si français. C'est la première fois que je prends le taxi . Le compteur rouge dans la nuit obsédant car on ne voit que lui et en même temps c'est ça de moins pour ta poche. Pas cher ! 6¤ ! Maintenant j'attends dans la gare d'un blanc éblouissant, je la connais déjà, on y est passé tout juste la veille mais ce n'est pas pareil cette fois. Je suis seul avec ma musique il fait encore nuit et j'attends dans l'espoir de ne pas me tromper. C'est presque désert. J'attends une demi heure une heure je ne sais plus ça me parait long. Le train part dans un quart d'heure et je descends sur les quais. Je montre mon billet à une fille qui me fait tout un blabla en me montrant mon quai du doigt " ok " le train est déjà là. Regarde le ticket c'est bon ? c'est celui là? Ok maintenant le wagon! Celui-là ! Ma place; voilà un beau train comme on en a chez nous. Maintenant il ne faut pas que je m'endorme pour arriver je ne sais où (à vrai dire il ne pourrait pas m'arriver pire ).
Après une heure de voyage j'arrive à nouveau dans une gare. C'est bon c'est sûr mon changement est là .Saragoza! A la taille de la gare ce n'est pas une petite ville. Cinq minutes après l'arrivée du train, la gare devient déserte et j'ai l'impression de mettre une éternité à la traverser. Une heure à attendre .Mange-je un bounty ou non? et bah finalement non il me restait une pomme du self. Je vais dans un endroit où il y a des bancs une télé et des gens qui attendent et fais de même. Le temps de bouquiner d'écouter de la musique et d'envoyer quelques messages pour dire "je vais bien.je suis à la gare" et mon train est là! comme tout à l'heure: bien tout vérifier, train, compartiment, place. Et finalement j'arrive tout de même à me tromper de place. Enfin bon la place était juste de l'autre côté... ils sont gentils à la sncf espagnole, ils t'offrent des bonbons et des écouteurs.
Arrivée à barcelona Sants, encore plus grand! De quel côté sortir? Droite! En fait non les taxis sont à l'opposé. Bon maintenant que je vois les taxis lequel prendre ? En fonction de sa lumière de son emplacement? je n'en sais rien alors j'attends sachant très bien que ça ne s'arrangera pas comme ça . Enfin au bout de 10 minutes je me décide, je vais vers un endroit ou un couple vient d'en prendre un auparavant. A peine je m'approche que le chauffeur sort et met ma valise dans le coffre ( véritable agression) "ola. je ne parle pas espagnol." je lui donne mon petit papier avec l'adresse "balle" . Il me parle et j'ai l'impression de comprendre aussi bien que l'allemand c'est triste. "Si. Si. Je suis en vacances." Le compteur défile... Mais putain il s'arrête pas à l'arrêt ce truc?! Bon ça permet de découvrir. Ça a l'air immense et c'est sur je ne me repérerais jamais en quelques jours ici. Ma route est un véritable mélange de grandes artères et de petites ruelles.
Assurément ce chauffeur est un pro.
Le compteur se bloque aux alentours de douze euros, j'y suis enfin ! je suis devant une porte vitrée à laquelle on ne prêterais pas attention en passant mais qui quand même a un peu de gueule. Maintenant je dois appuyer sur la sonnette. Dans l'idéal il serait mieux que je ne me trompe pas . 3e étage, porte de droite. j'essaie de voir en suivant une logique imparable à quelle sonnette correspond mon futur appartement.. J'appuie... Je me souviens plus trop ( c'est pour ça d'ailleurs que j'écris c'est comme pour les déportés, c'est pour pas oublier) j'ai à peine le temps de baragouiner quelques mots qu'elle m'ouvre la porte. Oooh voilà mon immeuble! je monte les étages et arrive devant la porte
Troisième étage , encore une sonnette. La fille sort de la douche, elle fait assez espagnole, elle a environ 35 ans et elle s'appelle Coco (moi non plus j'ai pas compris...). Bon elle parle français, c'est déjà ça... Elle me fait visiter l'appartement on rentre dans le salon- sale à manger avec un mur entièrement orange et une super vue sur la rue; tout de suite en rentrant à gauche les chiottes-salle de bain ( pas de détail particulier) ensuite un peu plus loin à gauche le couloir qui donne sur la toute petite cuisine puis la chambre de Ruth avec une énorme affiche d'Amélie poulain et une toute petite fenêtre donnant sur la cour de l'immeuble. Et enfin au bout du couloir la chambre de Coco, plus grande... Apparemment la fille est un peu barrée, elle sort avec Georges un black dealer de coke qui lui a monté sa table à l'envers, mais sympa elle m'offre un petit verre de coca et puis hop je lui dis que je suis un peu fatigué et que je vais faire une sieste ( en fait j'avais surtout rien à lui dire...) Oh oui un lit! Un vrai ! Un grand ! Avec des vrais couvertures qui grattent pas... Je dors jusqu'à 17 heures; En me réveillant elle me fait un bon petit sandwich à l'huile d'olive et à la tomate et me dit qu'elle doit bientôt se barrer ce qui veut donc dire que j'aurai l'appart' jusqu'à demain soir pour moi tout seul.
Les autres sont dans le car , ils doivent être dans un endroit comme le Poitou et ça me fait bien rire...
Ça y est, j'ai mon royaume pour moi tout seul ! Allez ! 24h de liberté dans une ville totalement inconnue où je ne comprends pas les gens et où j'ai une chance sur deux de me perdre et donc une chance sur cinq de mourir de faim... Il est temps de faire quelques courses de première nécessité. Six euros en poche je pars au Eroski du coin. Ultra vigilant j'espère rentrer à la maison sans problème particulier. Achat de pain de mie, de chocolat en poudre, de nutella, de céréales, de lait , d'une tablette de chocolat blanc premier prix et j'en oublie surement (tout ce qui est absolument indispensable: je peux vivre ne me nourrissant exclusivement de petits déjeuners) J'arrive à la caisse "(h )ola". 6.41 euros. putain merde. Je ne parle pas espagnol. Je ne vais pas acheter la tablette de chocolat; je n'ai pas assez d'argent" "si balle" . Je ne sortirais pas ce soir, j'ai trop peur de me perdre dans la nuit... J'attendrai le jour. Je remonte mes 3 étages je mets la clef dans le trou et à mon grand désespoir elle ne veut pas ouvrir cette porte. J'ai beau tester toutes les possibilités, elle ne veut vraiment pas s'ouvrir. Combien de solutions? Une. Descendre sonner chez les voisins pour leur demander si c'est partout pareil ou si ma clef est cassée. Je ne les connais pas, ils ne me connaissent pas et on ne se comprend pas ... Premier essai: personne ne répond; ça commence mal. Deuxième essai en face: "Do you speak english? " (oui je n'ai même pas penser à leurs demander s'ils parlaient français...). "euh i have a problem with my key..." "- sorry but i've to be at the station in 10 minutes..." arf bullshit ! Bon au troisième: yes he speaks english and he can help me ! Il monte avec moi met la clef dans le trou la tourne et la porte s'ouvre... Normal... J'ai la haine...
En attendant de me recoucher je farfouille dans les dvd et je trouve un concert de depeche mode, le voyage de Chihiro et Amélie Poulain sous-titré en catalan. Je le regarde et j'entends cette musique, la même qu'avec les ateliers de Claudia avec Jérome Dracula et Rafiqui. Je regarde par la fenêtre les lumières passer et la fraicheur tomber. Oh putain là c'est le moment trop bon où tu te dis qu'il ne faudrait jamais que ça s'arrête et que tu pourrais revivre tout ces moments mille fois! Ça sent bon la nuit ,la ville, les voiture, les gens qui crient dans la rue la lumière du pakistanais ouvert jusqu'à 23h00 sept jours sur sept, les palmiers qui frissonnent... Coup d'½il depuis le canapé sur la télé espagnole à laquelle je ne comprends absolument rien mais ça me plait toujours de regarder la télé que je ne connais pas. Encore fatigué, je vais me coucher en ayant surement jamais été aussi bien...
En plus j'adore le lit des autres, les couettes y sont souvent extra.
Réveil vers 9hoo et il fait déjà très jour et encore une fois ça s'annonce bien... Mes missions de la journée : acheter des clopes pour Marc passer le balai dans l'appart' et faire ma vaisselle. Ça devrait pouvoir se faire... Bon et bien sur sortir de là et aller le plus loin possible sans se perdre. Je prends mon "parler l'espagnol en voyage" et regarde la carte: go place Lesseps et puis descendre. C'est parti je prends de l'eau du fric et une pomme (je n'ai jamais autant mangé de pommes de ma vie ). Je sors de l'appart avec des remords en refermant la porte; si je n'arrivais pas à la rouvrir... Alors je la rouvre immédiatement; bon ça marche, normal.... Descends descends descends... Et voilà , à droite, demi-tour gauche, traverse, à droite, traverse et maintenant toujours toujours tout droit. Ça commence par une "petite" rue très typique puis une petite place puis une petite avenue avec un hôtel où aurait été tourné une scène de Vicky Cristina Barcelona, là un grand carrefour où passe l'avenue diagonale, la rue qui traverse toute la ville ! Toujours tout droit j'arrive sur une avenue qui pète avec des palmiers du Gaùdi... Bon c'est un peu les champs élysées; y a toutes les boutiques de luxe. Je leurs dis que j'entre dans un desigual et qu'il fait beau et la faim me prend. Je mange ma pomme et commence à remonter tout ça. Arrivé vers le haut, je commence à avoir vraiment super faim. Je monte les étages; la clef fonctionne toujours. Et un petit poulet dans de l'alu qui a surement plus de 3 jours avec des tomates... Pas envie de me faire chier à cuisiner. Le tout arrosé d'un bon grand verre de coca.ils seront là vers 20h/21h . Ça me laisse encore du temps pour trainer. Même combat avec plus de provisions. Sur le chemin c'est le temps d'écouter les chansons qui me feront regretter plus tard ne pas être resté... En bas de la méga-luxe avenue il y a une place: Plaza Catalunya (l'orthographe reste à vérifier) et que vois-je ? non je ne rêve pas! Une Fnac !!!! Mon dieu je ne sais pas ce qui m'a pris mais en fait une fnac c'est très rassurant. Je m'y suis rué... J'aime bien voir ce qu'ils écoutent de français les étrangers. bah rien d'extraordinaire... Il y fait bon, il fait frais mais un escalator est en panne. Je dois préciser que pour en arriver à cet endroit je mets à peu près une heure alors je reviens tranquillement pour faire mon ménage en m'arrêtant dans un tas de petites boutiques merveilleuses. Arrêt dans un tabac "cinqo lucky strike por favor" et remonte. ils ne vont pas tarder à arriver le temps de balayer et de regarder par la fenêtre pour me dire que pour rien au monde je ne serais capable de vivre en Mayenne . J'avais plus l'impression d'être sur la terre que je connaissais; tout était inconnu et j'avais envie d'explorer chaque recoin de cette ville. Même sous la pluie je le veux .
Et puis les voilà, avec ce chien qui désormais urinera à 20 cm de mon nez tous les matins.